Ces vapeurs subjectives me brûlent le visage. Caustiques, elles me rongent et m’endolorissent. Prisonnier, cette chaleur m’attaque et me freine dans ce que j’entreprends, et je me sens au fur et à mesure disparaître peu à peu pour n’être plus que rien. J’écris sans voir par quoi ma main noircit ma feuille. Ma vue est altérée par cette atmosphère pesante. Maux pour mots, ma lucidité intellectuelle s’estompe pour ne laisser place qu’à des cognements intérieurs. Mais avec le temps, ils s’estompent et me libèrent enfin.
Une nouvelle rencontre, et tout renaît. C’est le moment des réminiscences questionnaires. S’ensuit l’éternel questionnement de soi, et les interrogations nous écrasent. La hâte est trop grande et mon esprit s’évade à imaginer un futur peut-être inimaginable.
Tel un petit film, des évènements défilent dans mon esprit à la manière des derniers souvenirs vus avant l’antichambre céleste. Un sentiment de désir de ne plus être seul, d’être accompagné me submerge.
À quoi bon se faire ce mal à se créer une vie intellectuelle ; il faut la vivre. Mon subconscient agit avec promptitude à s’emparer de ces moments : avec diligence.
Je ne me doutais pas un instant que ce regard fût le dernier. Au détour de ses yeux bruns qui me traversent, changeant irrémédiablement ma vie, qu’elle ne fut plus jamais telle que je la connaissais avant. Mais au beau soir où la musique se faisait entendre, tout s’effaça lorsque je vis ce regard poignant qui m’avait tant bouleversé et que je n’eusse jamais réussi à oublier. Dès lors, je n’étais plus le même ; j’étais ailleurs, comme un autre homme.
Était-ce vraiment la fin, l’ultime fois que je visse ses lèvres ? J’étais dévasté à l’idée que cela puisse être vrai. Tantôt dans une autre vie, un univers des plus merveilleux, tantôt ravagé par l’idée que ces quelques instants seraient peut-être bien les derniers qu’il pouvait m’offrir, je voguais à travers mes sentiments.
Ses cheveux châtain foncé virevoltant au vent telles les feuilles tombantes d’automne ; Dieu que j’ai rêvé de pouvoir, ne serait-ce qu’une fois passer mes doigts, ma main, dans ces nues. Sa façon si élégante qu’il a de se libérer la vue en les remettant par un geste sensuel de la main au dessus de sa tête.
Alors que des mois ont passés et que je me donnais tant bien que mal à essayer, en vain, de l’oublier un peu, il fit de nouveau son apparition. Comme si le temps était figé : la pluie semblait flotter dans les airs, on eût presque la possibilité de l’attraper dans nos mains ; les sons paraissaient dissous dans l’espace temps, toutes les lèvres parlaient pour ne rien dire ; mais à travers cette panne de sens, les odeurs persistaient et étaient de plus belles.
Il marchait, là. Presque au ralenti. Ses cheveux instables au travers desquels le vent se faufilait. Et son regard frappant regardait devant lui. Sans comprendre pourquoi, l’émotion s’empara de moi. Je ne pouvais me retenir de faire couler mes larmes. Elles coulaient sans cesse sur mes joues rosies par le froid, et je voyais. Je voyais à travers ces gouttelettes larmoyantes et scintillantes ce jeune homme marchant d’un pas calme et serein.
Alors que moi, de l’autre côté de la rue je le regardais, je ne pouvais l’atteindre. J’étais cet ange déchu incapable de voler, privé de ses ailes sans lesquelles il ne peut survivre. Un très léger sourire aux lèvres, je continuais ma route, m’enfonçant peu à peu, un peu plus, jour après jour.