Je meurs. Je suis en train de mourir dans ce monde. Je ne vis plus, non, cette époque est révolue, je survis, je n’ai plus goût en la vie. En fait la manière qui me permet de survivre est la survie par procuration. Au même titre que Madame Bovary de Gustave Flaubert je vis à travers la littérature. Face à mon ennui de la vie, ma passion pour la littérature n’en est que plus forte.

Mais jusqu’à quand cela va-t-il encore durer ? Est-il possible que cette passion ne soit que passagère. Auquel cas, au terme de cette passion, qu’en deviendra-t-il de ma vie ?

La vie n’est, je pense, pas faite pour être vécue en solitaire et j’ai pourtant plus d’expérience dans ce domaine que dans la vie de couple. Il faut se résoudre au fait qu’il y a des gens qui sont faits pour être seuls, rester seuls.

Depuis de longues années, depuis que je suis jeune, je ne cesse de me dire que certaines personnes sont crées dans le but d’être l’exemple même de la défaite et de l’échec.

Dans un sens cela peut être bien. On a au moins la satisfaction qu’on aide, malgré soi, les autres à se rendre compte qu’il faut se battre, dans tout domaine de la vie. Il faut se battre pour vivre.

Célibataire, libre comme l’air. Cette expression bourdonne à mes oreilles comme le bzzz insupportable que fait un moustique ; il nous pique mais sans avoir la satisfaction d’assez nous faire souffrir, nous tourne autour en nous murmurant son chant strident aux oreilles de la même manière qu’il nous dirait, sans cesse « Je vais te piquer, je vais te piquer. ».

Mais ça ne s’arrange pas, on reste inlassablement seul malgré tout ce que l’on peut tenter pour y mettre fin. On pourrait en fait classer les gens en deux catégories. La première constituerait les personnes désireuses de rencontrer le parfait amour, celles qui pensent que chacun de nous a une âme-sœur. Des gens optimistes, ou naïfs peut-être. De toute évidence. La seconde partie, elle, contiendrait les autres, à savoir les épaves de l’amour, ayant connues des relations conflictuelles. Personnes incorrigiblement seules.

J’ai longtemps malgré moi fait partie de la première catégorie naïve. Mais prenant conscience de l’absurdité de tout ceci, j’y ai renoncé. Je m’enfonce, que dis-je, je coule, je me noie dans les profondeurs des abîmes de la seconde partie. Je perds peu à peu, jour près jour ma foi en l’amour.

Moi qui pensais que la vie devait être vécue à deux, partagée, je suis bien avancé. Je m’échoue maintenant lamentablement dans le cimetière des épaves ivres.

Les vacances se terminent et mon angoisse est éminente. Non pas parce que les cours reprennent, ni que le bac sera le dénouement final de cette nouvelle année scolaire mais parce que je vais de nouveau devoir affronter la vie.

Pendant ces vacances je me suis renfermé sur moi et sans doute un peu trop. Au dépend de tous les efforts fournis afin de m’accepter tel que je suis et de prendre confiance en moi. C’en est fini, me revoilà à la case départ au même titre que si je n’avais pas vécu l’année passée.

Moi qui était pourtant envieux d’un nouveau départ, ça ne me réjoui guère. Cette rentrée s’annonce aussi dure que la précédente, que celle d’avant et encore toutes celles passées.

Je vais replacer sur mon visage ce masque qui, force d’avoir été porté si longtemps fait presque partie inhérente de moi même. Je vais donc remettre ce masque cachant qui je suis, cachant ma personnalité et mes émotions. Laissant pour seule image celle d’un jeune garçon posé, stable et sans aucuns problèmes.

Mais je commence à m’y perdre. Et si j’étais le masque, si j’étais la — même les — personnes que je cherche à paraitre. Qui suis-je réellement ? Quelle est ma véritable personnalité ?

À ce titre, lorsque j’entends quelqu’un dire de moi qu’il me connait, je ne peux y croire et je ris ironiquement.

« Connais-toi toi même. », disait Socrate. C’est de toute évidence bien facile à dire comparé à la difficulté que c’est de l’appliquer dans ce monde qui ne cherche qu’à vous éloigner de la société tel un paria.

Je suis terrifié à l’idée d’affronter ce monde tout en me faisant passer pour d’autres personnes ne révélant à personne de mon entourage la véritable nature de mon être, peut-être par pudeur mais surtout par peur.

Mais contraint et forcé je vais devoir l’affronter en dépit de tous les signes qui me viennent, me ramenant chaque fois à moi-même.

Nouvelle rentrée.


Il y a des jours comme ça où j’aimerais mener une toute autre vie. Vivre dans un autre milieu, une autre ville, un autre pays,… une autre vie. Il y a parfois des moments où j’imagine cette autre vie. Entouré d’amis, d’une petite copine, dans une belle maison de style américain, et autres détails.

C’est là que je me dis que je devrais changer de ville, prendre un nouveau départ, une nouvelle identité dans un monde nouveau. Toutefois, je ne peux m’empêcher de penser que ça ne changerai pas ma personnalité, qui je suis en fait.

Il eût fallu que je naisse ailleurs, que je naisse quelqu’un d’autre. Mais voyons les choses en face, c’est impossible. Et le fait de vouloir changer de vie ne résoudra pas mes problèmes et les écueils de la vie.

Cependant, je me plais à imaginer ma vie autrement, ça me permet de prendre un peu de recul sur celle que je mène.

On a tous des rêves, qu’ils soient réalisables ou non, et personne ne pourra nous les enlever. Vivons donc avec et essayons le plus possible de s’en rapprocher, quitte à changer. Vivons notre vie au maximum et du mieux que nous pouvons. Nous n’avons qu’une chance : une seule vie. Tâchons alors de vivre de manière à ce que l’on ait le moins possible à regretter de n’avoir pu ou de n’avoir voulu. Car ce ne sont pas nos aptitudes qui déterminent qui nous sommes, ce sont nos choix.

Nouvelle identité.


Par une nuit d’été en montagne, alors que je n’arrivais à dormir. Je me suis mis à lire Steinbeck dans le salon, face à la montagne Vosgienne où les nuages étaient éminents.

Je venais juste de lever les yeux à la fin de la page précédente avant de la tourner, tout était aussi beau que les minutes qui précédaient. Mais au détour d’une phrase, la montagne s’était envolée. J’étais comme transporté dans le château dans le ciel d’Hayao Miyazaki. Il n’y avait plus guère que quelques arbres enfumés de nuages parsemant les bordures de la maison. Le reste avait disparu. Je ne voyais plus à travers la baie vitrée qu’un écran de cinéma géant qui avait envahit chaque parcelle, chaque recoin de l’espace qu’il avait à disposition. Tout était blanc. Il n’y avait plus rien. Rien.

Aucun bruit ne daignait se présenter durant ce spectacle lumineux où derrière, au fin fond des nuages, se levait le soleil. Je jouais donc à ce qu’Amélie Nothomb appelle se jeter dans la vue. Par delà les nuages recouvrant une montagne, je m’envolais.

Mais aussitôt le détour de cette phrase terminée, tout était redevenu intacte, sans aucune trace d’un quelconque nuage qui aurait avalé la montagne. Rien.

Je poursuivis donc l’œuvre du prix Nobel en gardant ce film en mémoire.

Au-delà des nuages.

Titre original : Le Magasin des suicides.
Auteur : Jean Teulé.
Éditeur : Julliard.
Publication : 04/01/2007.
Littérature française.

Résumé du livre :

Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre.

La critique :

Institution familiale, le magasin des suicides est tenu avec dévotion par la famille Tuvache. Depuis dix générations, les articles se sont perfectionnés : de la corde de pendaison, aux poisons du jour concoctés avec désespoir par la mère, en passant par les sabres ancestraux pour réussir un harakiri dans les règles de l’art. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les prix. En effet, même un pauvre miséreux peut se procurer un sac plastique pour s’étouffer en exhibant le logo du magasin : « Vous avez raté votre vie. Avec nous, vous réussirez votre mort ! »

Ce commerce est tenu par Lucrèce et Mishima parents de trois enfants, Vincent, Marylin et Alan. Les deux aînés, enfermés dans leur désespoir, ont cette tendance au malheur qui caractérise la famille. Vincent est anorexique et se bande la tête pour remédier à ses maux de tête, tandis que Marylin se lamente d’être si laide et inutile. Néanmoins Alan, le petit dernier qui est né à cause d’un préservatif percé, jouit d’un optimisme forcené qui met à dure épreuve les nerfs de ses parents.

A ses dix huit ans, Marylin trouve un sens à sa vie grâce a un cadeau qu’elle reçoit. Ses parents lui offrent la possibilité, par un simple baiser empoisonné, de donner la mort. Le Death Kiss devient alors l’attraction du rayon frais et la jeune fille qui distribue la mort gaiement, est enfin épanouie. C’est sans compter sur la bienveillance d’Alan qui va peu à peu transformer l’existence de sa famille en apportant la gaieté et les rires entre les murs du magasin. Depuis dix générations, le bonheur a pour la première fois enfin le droit de se manifester.

On pourrait comparer cet univers macabre, osé et très imagé avec l’univers noir et loufoque de la famille Adams. Mais il n’en est rien et l’on sourit face aux différentes énumérations des suicides possibles tout au long du roman. Cependant, le récit sombre dans les clichés s’alourdit d’une fin grossière. Dommage car Jean Teulé avait réussi à nous faire plonger dans cet univers et ce quotidien original, décrit avec beaucoup de descriptions croustillantes.

Titre original : Harold and Maude.
Auteur : Colin Higgins.
Éditeur : Folio.
Publication : 01/01/1971.
Littérature américaine.

Résumé du livre :

Harold, jeune homme riche, a une imagination délirante. Ses passes temps favoris : rouler en corbillard et mettre en scène de faux suicides. Maude, elle, aime les cimetières mais adore la vie. Elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, conduit sans permis, vole des voitures. Elle est pour Harold la femme idéale. Il y a un mais… Lui a dix-neuf ans, et elle soixante-dix-neuf !

La critique :

Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme, Harold, qui ne cesse de mettre en scène de faux suicides, par jeu, par ennui et par désespoir. Il va rencontrer Maude, une vieille dame originale, qui croque la vie à pleines dents, dont il va tomber amoureux.

Harold et Maude est un de ces livres que l’on parvient difficilement à oublier. Simple, beau et vrai. Un trésor d’émotion et d’humour.

Titre original : Cosmétique de l’ennemi.
Auteur : Amélie Nothomb.
Éditeur : Albin Michel.
Publication : 22/08/2001.
Littérature française.

Résumé du livre :

« Sans le vouloir, j’avais commis le crime parfait : personne ne m’avait vu venir, à part la victime. La preuve, c’est que je suis toujours en liberté. » C’est dans le hall d’un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d’avance. Il lui a suffi de parler. Et d’attendre que le piège se referme. C’est dans le hall d’un aéroport que tout s’est terminé. De toute façon, le hasard n’existe pas.

La critique :

Une farce ? Et quelle farce ! Regardez le roman de notre Amélie, et surtout son titre. De qui se moque-t-on ? On n’a pas idée de vous faire ça : Cosmétique de l’ennemi ! Qu’est-ce que ça veut dire cosmétique de l’ennemi ? Il nous faudra attendre jusqu’à la page quatre vingt dix pour le savoir : « La cosmétique, ignare, est la science de l’ordre universel, la morale suprême qui détermine le monde. Ce n’est pas ma faute si les esthéticiennes ont récupéré ce mot admirable. » Voilà qui est bien jeté. Alors dans ce cas, le titre nous inviterait-il d’entrée à l’énoncé d’une philosophie ?

Il faut quand même remarquer au passage qu’Amélie Nothomb a le don du titre. Son premier livre Hygiène de l’assassin, ou Stupeur et tremblements ou encore Métaphysique des tubes, il fallait les trouver.

Revenons-en à Cosmétique de l’ennemi : ce roman est en fait un discours, une conversation à laquelle nous assistons. Elle a lieue entre deux hommes dans la salle d’attente d’un aéroport. Jérôme Angust est donc abordé par un inconnu du nom de Textor Texel. Ce dernier ne va cesser de s’incruster auprès du premier et va commencer à lui raconter sa vie : son meurtre par procuration d’un camarade de classe, son goût prononcé pour la nourriture pour chats, son viol d’une femme dans le cimetière même de Montmartre puis son assassinat, quelques années plus tard. Rien ne sera épargné à Jérôme Angust, ni les faits ni leurs motifs, sans oublier sa foi religieuse, puis sa culpabilité qui semble avoir existé avant toutes les monstruosités dont il dresse le catalogue. « Quand on est destiné à devenir un coupable, il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à se reprocher. La culpabilité se fraiera un passage par n’importe quel moyen. C’est de la prédestination. », affirme-t-il.

Sur les cent vingt pages qui composent ce récit, Amélie nous restitue cette conversation sans interruption, les débats survenant entre les deux hommes, les protestations de la victime et le plaisir de l’ennemi. Chacun a une façon tout aussi convaincante de défendre son idée du bonheur. Le droit chemin pour l’un et l’écart pour l’autre. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à citer Pascal, Spinoza ou Lǔ Xùn par des formules apprises et citations philosophiques, à l’appui.

On a dans le roman un exemple sur le fait que l’homme s’arrange bien de ses problèmes de conscience, du sérieux dont il est capable de se plier pour être en paix avec lui même. Ça fait là, le charme de cette conversation qui est pourtant loin d’être charmante aux yeux de la victime. Le génie d’Amélie, c’est aussi d’obliger le lecteur, mine de rien, à se regarder en face, quitte à en rire.

Mais voilà maintenant que nous apprenons au détour d’une réplique, que nos deux orateurs ne sont en fait qu’une seule et même personne. Que cet échange n’était en fait que le débat d’un homme avec sa propre conscience. Mais je n’en dirai pas d’avantage afin de ne pas révéler de dénouement du roman.

On admirera aussi l’art qu’a Amélie d’aborder les sujets les plus risqués comme en s’en moquant. Ce ton n’appartenant qu’à elle, à la fois moqueur et apitoyé, nous faisant sans cesse osciller entre l’horreur et la joie, le grotesque et le sérieux. Comme si, en fin de compte, l’important était de rire de nos illusions, avant d’avoir à en pleurer.

Titre original : Journal d’Hirondelle.
Auteur : Amélie Nothomb.
Éditeur :
Albin Michel.
Publication : 23/08/2006.
Littérature française.

Résumé du livre :

Le héros n’a pas de nom. Ou plutôt pas d’identité fixe. Il change de nom et de vie comme on change de chemise. Coursier à Paris, il se fait passer pour un certain Urbain, tueur à gages insensible qui retrouve le plaisir des sens et du sexe par le meurtre. Puis il devient Innocent… Mais on ne change pas de vie si facilement. Le passé n’a jamais dit son dernier mot. Surtout lorsqu’il a le visage d’une adolescente fraîchement assassinée et dont le seul testament est un étrange journal intime. Comment ressusciter les sensations après s’être coupé des sentiments ?

La critique :

Dans ce roman – son avant dernier – Amélie Nothomb prend des distances avec le personnage principal, et pour preuve, on ne connait même pas son véritable nom. Journal d’Hirondelle s’éloigne un peu du style nothombien si particulier que l’on apprécie tant et qui a fait sa succès. Mais quand même on reconnait bien le style d’Amélie dans les dialogues mais qui sont pourtant si rares. Ce roman résonne donc comme une sorte de grande exploration sentimentale, un roman intimiste et émouvant comme seule Amélie Nothomb sait en écrire.

Ce roman semble être également une rétrospective de son œuvre. Il est question d’un assassin et donc de se laver les mains ou d’hygiène, ce qui nous renvoie à son premier roman Hygiène de l’assassin. Dans Péplum, il était question de notion du crime. On y parle du beau, aussi, dans ce livre, comme dans Attentat. On note que le mot Combustible est employé et il est question de la destruction d’une œuvre manuscrite. L’assassin tombe amoureux de sa dernière victime, il aurait donc saboté son amour, allusion au Sabotage amoureux. De plus, une des chansons de la chanteuse RoBERT, pour qui Amélie écrit des textes, s’appelle Rendez-moi les oiseaux, et justement, il est beaucoup question d’oiseaux dans cet opus, rien que dans le titre. Tout cela montre bien que, malgré l’éloignement de son style, l’auteur maîtrise toujours autant son écriture.

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