Un point s’illumine dans mon esprit. Littéraire plus qu’autre chose bien qu’étant dans une section scientifique avec chimie comme spécialité, je m’interroge sur mon avenir. Moi qui m’étais tracé une voie future vers la chimie et la science ; quoi qu’un peu vague. Mais une nouvelle option à laquelle je n’avais pas pensé jusque là vient troubler mes projets : la fac de lettres.

Depuis quelques temps maintenant, après avoir eu cette idée, je me renseigne sur la fac de lettres en général et également sur celle se trouvant à Nancy où, éventuellement je pourrais aller y faire mes études. De l’enseignement aux professeurs en passant par les options : j’étudie tout scrupuleusement.

Étrange renversement de situation quand on sait qu’étant petit, en primaire et au collège, je faisais certainement partie des moins bons en langue française. Rien à faire, j’étais pratiquement incapable d’écrire une phrase sans faute. Mais maintenant je suis un des meilleurs de ma classe quant à la langue française ce qui me valu la deuxième place dans cette matière l’année dernière. Lorsque quelqu’un a un doute sur un mot, un phrase — qu’il s’agisse d’élèves ou de professeurs — c’est souvent à moi qu’on demande mon avis. Je suis désormais le nouveau correcteur orthographique de la classe.

J’aime d’ailleurs assez comparer mon parcours à celui de Daniel Pennac, parcours qu’il raconte dans son essai Chagrin d’école où comment un cancre et particulièrement en français devient professeur de cette même matière.

Toujours est-il que je me pose la question de si je dois ou non aller en fac de lettres. Pour quoi faire ? À part étudier le français, les langues et la littérature, je n’ai pas vraiment d’idée de métier que je pourrais ou voudrais exercer après la fac. Souvent, ces études amènent à devenir professeur. Ai-je envie d’en être ? Pas si sûr même si certains points me donnent envie. Il y a l’édition qui me plairait beaucoup, mais les portes de ce monde sont relativement fermées.

Que pourrais-je faire après une fac de lettres ? C’est la question principale que je me pose pour donner un sens à ces études.

Levé le matin de bonheur, je me prépare tout en pensant à ce qui allait m’arriver dans un futur très proche. Trop proche. Je vérifie que j’ai bien toutes les affaires nécessaires et me voilà parti après un léger repas que j’ai du mal à avaler. Je prends le tram, stressé mais serein.

Arrivé vingt minutes en avance comme il était indiqué de faire sur le papier, je cherche la salle. Nous y voilà, il ne reste plus qu’à patienter un peu. Mais le temps s’est comme figé. Alors on s’occupe et pense à autre chose. Pendant ce temps, certains se rongent les ongles, d’autres écoutent de la musique ou, comme moi, parlent avec leurs copains, afin d’oublier un peu, mais difficilement, ce qui se préparait derrière les portes closes et sombres de ce couloir fuyant.

« Il est l’heure, vous pouvez entrer », nous dit une femme, qui attendait l’heure fatidique avant de nous ouvrir la porte. Nous entrâmes alors dans l’antichambre de la mort. Nos places sont attitrées : tout est organisé. Le stress est palpable dans cette petite salle éclairée par quelques grandes fenêtres ouverte, situées à l’opposé de la porte, sur les bâtiments de la ville. Moi même troublé par cette ambiance que pourtant je connais, j’ai du mal à trouver ma place. « Ça y est, me dis-je en moi même, je l’ai enfin trouvée ».

Tout le monde est désormais installé. Sur notre table, des feuilles : roses pour certains, jaunes pour d’autres, avec cette précision qu’aucunes tables situées l’une à côté de l’autre n’a de feuilles de la même couleur. Tout a décidément été soigneusement préparé comme si on se trouvait sur un échiquier géant, chacun sur une case à attendre que le jeu commence.

Tout le monde avait son regard fixé sur l’horloge, grande, blanche et aussi terne qu’un hôpital, où l’on voyait chaque seconde passer avec une lenteur insupportable. Plus qu’une minute… L’heure sur le mur d’en face affiche « enfin » quatorze heures pile. C’est le début de la fin. A ce moment, il y eut de l’agitation dans la salle. En effet, la femme qui nous avait ouvert la porte avait été rejointe par une autre femme à l’air plus autoritaire. Après s’être installée derrière le bureau tout défraichis elle ouvra avec difficulté l’enveloppe scellée et blanche qu’elle avait apportée. Son sourire narquois m’inquiétait. Quelques instants plus tard, l’enveloppe était enfin ouverte, laissant s’échapper le parfum meurtrier du paquet de feuilles qu’elle recelait.

Les deux femmes s’activaient en nous distribuant les feuilles mises minutieusement à l’envers : un petit paquet de feuille agrafées, identique à chacun. Je ne pu échapper un sourire lorsque je vis par transparence sur la dernière feuille « Guy de Maupassant »…

« Vous pouvez retourner les copies, vous avez jusqu’à dix huit heures. », nous dit l’une des femmes – la plus sévère, apparemment. Je retournai le petit tas de copies et je lu dans ma tête la première feuille :


BACCALAURÉAT TECHNOLOGIQUE – SESSION 2008

ÉPREUVE ANTICIPÉE DE FRANÇAIS

TOUTES SÉRIES

Durée de l’épreuve : 4 heures Coefficient : 2


Sur la page suivante était marqué le thème : Le roman et ses personnages : vision de l’homme et du monde. Mon sourire persistait, s’il y avait bien un thème que j’espérais le plus, c’était le roman. Moi qui suis féru de littérature, j’avais passé l’année à dévorer des livres. Il était donc plus facile pour moi de parler de ces lectures plutôt que de poésie ou de théâtre. Je n’avais malheureusement pas beaucoup de références qui m’auraient servies pour ces deux derniers thèmes. Je ne pu donc m’empêcher d’aller me plonger dans la dernière page, celle où était écrit les sujets. Étant donné que la dissertation était ma spécialité en travaux d’écriture, mon regard se posa naturellement sur le mot en gras, situé au centre de la page « Dissertation » entre « Commentaire » et « Écriture d’invention ». Je lu :

En conclusion du roman de Guy de Maupassant – ces trois derniers mots que j’avais lu précédemment par transparence –, Une Vie, Rosalie déclare : « La vie voyez-vous, ça n’est jamais si bon ou si mauvais qu’on croit ». Pensez-vous qu’un roman doit ouvrir les yeux du lecteur sur la vie ou bien au contraire permettre d’échapper à la réalité ? Vous présenterez votre argumentation en prenant appui sur les extraits proposés et sur les œuvres que vous avez pu étudier ou lire.

Je fus stupéfait par le sujet. C’était exactement celui que je voulais. Il ressemblait énormément – à peu de choses près – à celui que nous avions eu au baccalauréat blanc écrit de français. Ce dernier où j’avais obtenu une des meilleures notes de la classe et où j’étais le seul à avoir pris comme sujet la dissertation. Ce dernier point m’avait d’ailleurs rendu courageux – ou inconscient – aux yeux de mes camarades de classe. C’était en fait le sujet type que nous pourrions avoir au baccalauréat.

Durant toute mon année de première, à chaque fois que j’avais le choix, je choisissais toujours la dissertation comme sujet. Et à chaque fois, le travail que j’avais fourni était récompensé par une note qui me ravissait au plus au point. J’avais donc obtenu la note de quatorze sur vingt lors du baccalauréat blanc sur le thème du roman ; dix sept sur vingt sur le thème de la poésie. Cependant, et bien que je sois mal à l’aise dans ces sujets, j’obtenais quand même de bonnes notes lors de mon commentaire où j’avais eu treize sur vingt, me semble-t-il, et douze sur vingt à l’écriture d’invention où je dus imaginer une interview d’un dessinateur satirique célèbre.

Il était donc normal que je choisisse la dissertation après avoir tout de même lu les deux autres sujets qui m’ont paru beaucoup moins intéressant. Après avoir répondu aux deux questions avec une lenteur et une gaucherie incompréhensible, qui accompagne le corpus des quatre textes, je commençais enfin à rédiger une ébauche de plan, une introduction et une conclusion sur ma feuille de brouillon couleur rose. Pendant les trois heures vingt qui suivirent, je ne cessais de noircir des feuilles : j’alternais entre les feuilles roses, et les copies blanches, relevant la tête de temps à autre pour voir l’heure qu’il me restait pour terminer mon argumentation. Et après avoir relu mon travail, je partis, soulagé d’avoir fini cette épreuve que j’aurais pensée plus douloureuse.

Après plus de vingt jours, c’était l’heure des résultats. Angoissé par ce que j’allais découvrir, je saisi tout tremblotant mon numéro de matricule et ma date de naissance servant d’identification pour arriver sur la page internet où se trouveraient mes résultats. J’étais ébloui. Peut-être était-ce parce que je venais juste de me lever et que l’éclairage de l’écran d’ordinateur m’était agressif, ou alors parce que je voyais devant moi la note que je pensais avoir ? Devant moi se tenait ce petit cadre où était inscrit :

Français écrit : 14/20.


Quatorze sur vingt, exactement la note que je m’étais dit que j’aurais, après être sorti de l’antichambre mortuaire. Exactement aussi la note que j’avais obtenue au baccalauréat blanc. Pourtant je n’avais pas mis du tout le même chose ; forcément, le sujet était différent, mais mes références ou du moins mes arguments étaient tout autres. J’étais fier. J’avais obtenu quatorze en parlant surtout de mon auteur favorite qui n’était autre qu’Amélie Nothomb. J’avais réussi à parler de pratiquement chacun de ses livres. Mais j’avais aussi varié mes références littéraires en abordant des auteurs de différentes époques. J’avais réussi à parler de Miguel de Cervantes avec Don Quichotte de la Manche, Madame Bovary de Gustave Flaubert, Le chercheur d’or de J.M.G. Le Clézio ou même, Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer, livre ayant été adapté en film par Sean Penn, sous son nom original Into the wild. J’ai effectivement parlé de cinéma dans ma copie.

Mais après mon écrit de Français et bien sûr avant les résultats, j’ai également passé un oral de Français qui m’a valu un quatorze sur vingt – encore – dont je suis également très fier du fait que je ne suis pas du tout tombé sur un texte qui m’inspirait et d’autant plus que je suis quelqu’un de taciturne qui n’est pas toujours très à l’aise à l’oral. Mais cette fois-ci, je me sentais vraiment bien. Alors qu’au baccalauréat oral blanc j’avais arraché la modique note de dix sur vingt. Je suis donc très content de ma progression. Les Lettres Persanes de Montesquieu étaient à l’honneur lors de mon oral ce à quoi je ne m’attendais pas vraiment. Mais ça, c’est une autre histoire…

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